Le droit au logement doit être au coeur de la prochaine élection fédérale

Le droit au logement doit être au coeur de la prochaine élection fédérale

Au lendemain du 1er juillet, jour de déménagement, au moins une vingtaine de ménages demeurent sans logement au Québec, dont une dizaine à Gatineau, 7 à Sherbrooke et trois à Montréal. Parmi ces ménages, six sont hébergés par leur municipalité à Gatineau, trois à Montréal, dont une famille avec cinq enfants, et une à Sherbrooke.

Près de 180 ménages ont, au total, fait appel à l’aide d’un office municipal d’habitation ou d’un organisme communautaire afin de se trouver un toit, dont 68 à Gatineau, une cinquantaine à Sherbrooke, 32 à Québec, 23 à Montréal, une à Val-d’Or et une autre à Rimouski.

Les statistiques révèlent que la construction de logements locatifs demeure faible au Québec. En moyenne, 7798 logements locatifs ont été mis en chantier annuellement entre 2010 à 2014. C’est 18 % de moins qu’au cours des cinq années antérieures. Pendant ce temps, la construction d’unités de condominiums a progressé de 39 % pour atteindre une moyenne de 14 021 par an depuis le début de la décennie.

Sur l’Île de Montréal la construction annuelle de logements locatifs a connu une diminution de 149 % entre les périodes 2005-2009 et 2010-2014.  « La situation est pire que pire depuis le début de 2015, souligne le coordonnateur du FRAPRU François Saillant, puisqu’à peine 36 logements locatifs privés ont été mis en chantier entre janvier et la fin mai sur l’Île de Montréal. Même si la construction de condominiums a elle aussi diminué, elle s’est tout de même chiffré à 1021. C’est 28 fois plus! ».

L’abondance de condominiums a provoqué l’expansion d’un phénomène jusque là marginal, soit leur mise en location: « À l’automne 2014, 12 511 unités de condominiums étaient en location à Montréal. C’est  97 % de plus qu’en 2009 ». Le même phénomène se vit dans la région de Québec où le nombre d’unités de condominiums offertes en location a augmenté de 94 % en cinq ans pour atteindre 3142 en 2014. M. Saillant avoue que la location de condos contribue à la hausse des taux de logements inoccupés, mais il s’empresse d’ajouter qu’elle n’améliore en rien l’offre d’appartements abordables : «  Avec des loyers mensuels de 1293 $ à Montréal et de 1038 $ à Québec, on est en train de créer un marché du logement parallèle qui exclut carrément les ménages les moins nantis ».

L’avenir du logement social

Au cours des dernières années, le logement social a joué un rôle de premier plan dans l’augmentation de l’offre de nouveaux appartements. En 2014, il a compté pour 19 % de l’ensemble des mises en chantier de logements locatifs du Québec. Dans la communauté métropolitaine de Montréal, ce pourcentage a été de 31% au cours des dix dernières années. Il s’agit pour l’essentiel des seuls nouveaux logements locatifs qui aient été réellement accessibles financièrement aux ménages à plus faible revenu.

Malgré cela dans son dernier budget, le gouvernement Couillard a coupé de moitié le nombre de logements sociaux financés annuellement avec le programme AccèsLogis, le faisant passer de 3000 à 1500. Cette décision choque Marie-José Corriveau, organisatrice au FRAPRU : « Il est carrément impossible qu’avec un si petit nombre de constructions, le logement social parvienne à jouer un aussi grand rôle qu’il ne l’a fait pour équilibrer l’offre de logements abordables ». Quant aux 5800 unités de supplément au loyer privé que le gouvernement s’est engagé à financer au cours des cinq prochaines années pour remplacer la perte de logements sociaux, elle estime qu’ils ne joueront pas le même rôle: « Les suppléments au loyer privés ne permettent pas de réaliser de nouveaux logements locatifs là où le privé a abandonné ce rôle. Ils n’améliorent pas davantage la qualité des logements existants ».

De plus mentionnons que toute une série de coupes opérées dans les derniers mois par le gouvernement Couillard et qui ont pour effet de paralyser la réalisation des logements sociaux dont le financement a pourtant déjà été confirmé. Sur l’Île de Montréal, à peine 20 logements coopératifs ont été mis en chantier de janvier à la fin mai 2015, alors que ce nombre était de 296 à pareille date en 2014. À Québec, plusieurs centaines de logements sociaux tardent aussi à se réaliser. Dans d’autres régions comme l’Abitibi et le Saguenay, les groupes communautaires doivent faire des pieds et des mains pour trouver le financement manquant suite aux coupes gouvernementales.

Pour sa part, le gouvernement fédéral est en train de se retirer du financement qu’il accorde depuis des décennies à 125 500 logements sociaux au Québec. Dès 2015, 5200 de ces logements ne recevront plus un sou d’Ottawa. D’ci la fin de 2019, ce nombre dépassera les 26 000. « C’est l’accessibilité financière de ces logements pour les ménages à plus faible revenu qui est compromis par le retrait fédéral », précise Mme Corriveau, en ajoutant que le Parti conservateur de Stephen Harper continue à se montrer insensible à ce problème. À quelques semaines du déclenchement des élections, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau se montre quant à lui totalement silencieux à ce sujet.

Ce nouveau bilan démontre encore une fois que le marché privé ne peut garantir le droit au logement. Ce droit ne peut-être pleinement garanti que par l’intervention de l’État. Pour les prochaines élections, il faut s’assurer de débarquer Harper. Il faut mettre un terme à l’arrogance d’un gouvernement majoritaire et élire un gouvernement minoritaire qui permettra à la population de mettre de la pression pour que ses revendications soient prises en compte.

Le droit au logement doit être au coeur de la prochaine élection fédérale !

Par Serge Lachapelle

 

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